Ecritures….temps des signes

 

Les Récréatrales, Résidences d’Ecriture, de création et de recherche théâtrales panafricaines de Ouagadougou, ont leur collection !

Après plusieurs années d’expériences dramaturgiques innovantes, six éditions de résidences qui ont accouché d’une quarantaine de créations, et après avoir vu défiler une soixantaine d’auteurs africains, les textes les plus marquants sont publiés, en collaboration avec les éditions Découvertes du Burkina.

Voilà deux signes heureux….

Premier signe heureux : la pérennisation, par une diffusion imprimée, de la complicité née au sein des équipes de création. Il ya 10 ans, nous avions parié sur la nécessité de provoquer à travers le projet des Récréâtrales, un bouillonnement dans le riche vivier des auteurs dramatiques du continent, en invitant ces derniers à « écrire debout », selon l’expression de l’auteur nigérien Alfred Dogbé. Il s’agissait de les convier à écrire au bord du plateau, à se laisser embarquer dans le va-et-vient entre leurs écritures et celles des metteurs en scène et des comédiens, leur complices, mais aussi, parfois, leurs « critiques », les « déconstructeurs » de leurs certitudes.

Cet exercice, certes contraignant, s’est révélé indispensable pour questionner le théâtre contemporain tel qu’il se déploie sur le continent africain aujourd’hui. L’acte de parole porté par les comédiens et celui qui s’opère au cœur de la direction des metteurs en scène constituent des actes d’écriture en soi. Et l’auteur, en s’invitant (et re-identifiant par là même  clairement son autorité) dans ces deux actes, participe à l’accomplissement de l’acte théâtral, tout en l’inscrivant dans une histoire littéraire, et, enfin en le sauvant de son statut d’acte éphémère.

Pouvoir publier encore sept nouveaux textes, aujourd’hui, dans la collection propre aux Récréatrales, c’est donc inscrire ces œuvres dans une nouvelle histoire de voyage et de partage. J’espère que ce sera de nouveau, comme il en va souvent au théâtre, une affaire de bouche-à-oreille, de livre qui parle ou de parole qui se livre pour faire acte de témoignage, d’urgence, de résistance. J’espère que cette forme nouvelle permettra à la parole de circuler au-delà du cercle de ceux qui ont pu en voir l’incarnation dans une représentation particulière, pour susciter d’autres images, d’autres envies, pourquoi pas aussi d’autres « déconstructions », ailleurs.

Le second signe heureux est cette collaboration qui s’est concrétisée et qui se renforce avec les éditions Découvertes du Burkina, dirigées par Jacques Guégané. Le livre est encore un objet étrange, souvent inaccessible, dans nos pays et les maisons d’édition installées sur le continent africain sont constamment menacées de disparition. Celles qui, comme Découvertes du Burkina, se singularisent par la qualité de leur travail, leur engagement à faire exister et circuler l’écrit et leur position courageuse de résistantes dans la défense du livre, doivent être soutenues. Implanter notre collection ici, sur le continent africain, malgré la fragilité du secteur, est pour nous à la fois une profession de foi et une fierté. Toute volonté de pérenniser nos initiatives passe par le souci de respecter les autres luttes menées, en Afrique, dans le domaine de la culture et de consolider ce qui existe déjà de bien.

Après le temps des Résidences et des enthousiasmes de la création et de la représentation, voici donc le temps des signes ; le moment de coucher sur le papier les mots qui restent lorsque la magie du théâtre en train de se faire s’estompe. Ces signes imprimés qui permettront que d’autres magies puissent germer dans la tête de nouveaux lecteurs, ouverts aux découvertes…

Longue vie donc à la chaîne de solidarité des auteurs qui continue.


Etienne MINOUNGOU

Directeur de la collection

 

 

Titres sortis en 2008

 

Du gombo pour deux légumes d’Alfred DOGBE

 

Synopsis de Du gombo pour deux légumes

Le Conseil des sages a désigné Borgo, le prince musicien, pour succéder à son défunt père, le chef du pays de Nankussa. Mais Derka, son frère et cousin, conteste la décision et encourage vigoureusement Borgo à se consacrer à son art en compagnie de son ami Tabar, le flûtiste expatrié. Borgo doit prouver qu’il est vraiment lui, c’est-à-dire le fils de son père, le vrai fils de sa mère et de s patrie. Il ne dispose que de trois jours… SU cette trame du compte à rebours, la pièce propose une comédien traitant de l’actualité africaine marquée par toutes sortes de crises liées à l’identité surtout ethnique, à la légitimité du pouvoir, et au partage des ressources.

 

Biographie de l’auteur

Je suis nigérien, né le 9 septembre 1962 à Niamey (Niger). J’ai d’abord été professeur de lettres, animateur culturel et journaliste avant d’écrire. J’ai publié des nouvelles dans des recueils collectifs aux éditions N’dzé et Sépia (France), un album de jeunesse (La mare maudite) aux Editions Albasa (Niger), un recueil de nouvelles (Bon voyage Don Quichotte) et une pièce de théâtre (Les conquêtes du roi Zalbarou) chez Lansman éditeur (Belgique). La compagnie Arène Théâtre dont je suis directeur artistique, a créé plusieurs de mes pièces : Tiens bon, Bonkano !; Du gombo pour deux légumes ; A l’étroit ; Certificat d’humanité, etc. J’ai aussi écrit ou coécrit des scénari pour la télévision La course au cadeau ; Souéba ; Commissariat de Tampi.

 

- Madame, je vous aime suivi de Comme des frères d’Etienne MINOUNGOU

 

Synopsis de Madame, je vous aime

 Un officier de l’armée revient de la guerre : l’homme n’est plus ce qu’il était. Trop de choses se sont passées. Il est déshabillé et utilisé comme bourreau pour des exécutions spéciales. Un jour, alors qu’il attend une victime, entre une femme, très belle, une métisse. Cette femme porte la haine dan son ventre ; elle porte les salissures de la honte sur son corps. Elle est née d’un viol, quelque part en temps de guerre. Deux violences alors s’affrontent, deux haines, mais aussi deux fatigues, deux souvenirs…d’enfance.

 

Synopsis de Comme des frères

À une heure indéterminée du jour, à un carrefour étrange, quatre personnages aux allures singulières se sont donné rendez-vous. Une seule chose semble pour l’instant les lier : un fils mort, peut-être, il y a dix ans, lors d’une expédition, et enterré on ne sait où… Ils ont jusqu’au lever du jour pour résoudre l’énigme…

Nous sommes non seulement en présence d’un gang d’un nouveau genre où sexe, politique, commerce, cadavres et religion sont mariés, mais aussi peut-être devant une merveilleuse histoire d’affabulation qu’un rescapé d’attentat un peu « mytho » orchestre avec un incroyable génie…

 

Biographie de l’auteur

Comédien, acteur de cinéma, metteur en scène, dramaturge burkinabè, Etienne Minoungou, né en 1968, est le directeur-fondateur de la compagnie Falinga et des Récréâtrales. Membre du comité de l’éducation et de la formation (TECOM) de l’Institut International du Théâtre, il est aussi le promoteur de l’initiative « Coalition africaine pour la culture ».

 

- Chronique des années du partir de Rodrigue NORMAN

 

Synopsis de Chronique des années du partir

C’est l’histoire des gens qui étaient partis car le pays allait mal. Aujourd’hui, ils sont trois (ou des milliers) à revenir. Mais à peine débarqués qu’ils ne savent où aller. Devant l’aéroport, ils posent leur valise, s’assoient dessus et font dos à leur angoisse.

La pluie qui commence à tomber ne suffit pas à  les réveiller de leur torpeur, de leur fausse nostalgie… Sauf  Yabo, l’unique femme du trio ose crier alerte, mais on commence à penser qu’elle devient folle.

 

 

Biographie de l’auteur

Né en 1980, Rodrigue Yao Norman a commencé à écrire au Togo où il fonde très tôt sa compagnie, les 3 C. Après une formation en mise en scène en Belgique et en France, il rentre au Togo et fonde le Studio Théâtre d’Art de Lomé. Auteur, il a écrit une douzaine de pièces de théâtre dont Trans’aheliennes, et Tobbies frères et sœurs ont la douleur publiées aux éditions Lansman, et Pour une autre vie publiée aux éditions Haho. Chronique des années du partir a été écrite en 2004 lors des Récréâtrales à Ouagadougou. Metteur en scène, il crée ses propres pièces et met en scène celle des autres.

 

- De l’amour au cimetière d’Aristide TARNAGDA

 

Synopsis de De l’amour au cimetière

Une femme et un homme se retrouvent au cimetière. Ils sont en train de creuser leur propre tombe pour y enfouir leurs lassitudes. L’homme propose son aide à la femme qui le repousse, puis naissent des coups de poing, du sang qui coule comme ces envies de fumer et de boire des deux corps et plus tard un horizon qui pointe son nez furtivement dans les cieux des deux lassitudes…

 

Biographie de l’auteur

Comédien au théâtre de la Fraternité, une rencontre avec Koffi Kwahulé lui permet d’ancrer l’écriture au cœur de sa vie artistique. Des textes suivent, grâce auxquels il devient lauréat du concours « Visa pour la création » de Culturesfrance. Accueilli en résidence à Rennes, il écrit 333 millions d’Arrêts cardiaques et Façons d’aimer. En 2008 naît Fragments Koltès dans le cadre de l’atelier du metteur en scène Moïse Touré, puis une résidence de recherches et d’écriture l’amène à São Paulo.

 

En 2010

 

- Alors tue-moi et Les larmes du ciel d’août d’Aristide TARNAGDA

 

Synopsis de Alors tue-moi

Assoiffé de vie, Sosthène attise le feu de son amour Solène. De leur dialogue incertain et fougueux, ils cherchent dans les replis de l’autre un siège où loger leurs désirs et laissent peu à peu transparaître le gouffre d’où Solène ne parvient à émerger. Le temps et l’espace se brouillent pour révéler les traces ineffaçables laissées sur un être que l’histoire a brisé. Le verbe poétique accompagne ces personnages dans leur fièvre, jusqu’au point de non-retour.

 

Synopsis de Les larmes du ciel d’août

Dans une rue où tout peut arriver, une jeune fille – qui semble un cas social – décline la proposition que lui fait une femme de monter dans sa luxueuse voiture. Plutôt que de se détourner de la prévenante qui se contente d’écouter, la jeune fille s’épand en un flot de paroles. Elle n’aime pas qu’on l’assiste, dit-elle. Elle a quitté son père ministre et sa mère avocate pour devenir autre chose qu’une fille de riches. Elle préfère que la dame poursuive sa route vers son mari, ses enfants, sa bonne ou son patron qui doivent l’attendre, comme elle attend son homme parti chercher l’argent pour l’enfant dont elle est enceinte, son promis avec qui elle a scellé un pacte de fidélité dans cette rue où elle n’arrête pas d’attendre. Au bout de la confidence, l’enfant finit par couler comme pleure le ciel au mois d’août.

 

Biographie de l’auteur

Comédien au théâtre de la Fraternité, une rencontre avec Koffi Kwahulé lui permet d’ancrer l’écriture au cœur de sa vie artistique. Des textes suivent, grâce auxquels il devient lauréat du concours « Visa pour la création » de Culturesfrance. Accueilli en résidence à Rennes, il écrit 333 millions d’Arrêts cardiaques et Façons d’aimer. En 2008 naît Fragments Koltès dans le cadre de l’atelier du metteur en scène Moïse Touré, puis une résidence de recherches et d’écriture l’amène à São Paulo.

 

- Ce vide en elle et Je te raconterai… de Laetitia AJANOHUN

 

Synopsis de Ce vide en elle et de Je te raconterai…

Cher lecteur,

Je t’écris du bord de l’Atlantique une parole marée. Évite de savoir quel en fut le début et quelle en sera la fin. Je t’écris mes écumes : ce qui demeure après l’agitation. Un souffle. Je t’écris le ventre vide, le ventre plein. Je t’écris désespérance, des espérances.

Je t’envoie ma terre aride et mon macadam huileux, toujours nichés quelque part dans mes valises. Poses-y les yeux si tu as du temps à louer. Et, vraisemblablement, entendras-tu le ressac de leurs voix. Ils peuvent s’avérer bavards, mes personnages, ou silencieux. Cela dépend de la danse des flots.

Si tu les entends, jette ta nasse et qui sait peut-être, au loin, dénicheras-tu la fable.

Voici donc deux histoires lancées à la mer. Tu peux les traverser d’une traite ou pas… À toi de voir…

De Cotonou et de Grand-Bassam,

Laetitia

 

Biographie de l’auteure

Elle suit une formation en art dramatique à Bruxelles, puis c’est en tant que comédienne dans différentes pièces contemporaines qu’elle expérimente tout d’abord la scène. Mais peu à peu, l'envie et l'urgence d'écrire se manifestent ainsi que celles de mettre en scène. C’est dans un théâtre bruxellois qu’elle monte son premier texte dramatique : Hippocampes. De ses voyages en Afrique de l’Ouest naîtront Ce vide en elle et Je te raconterai ce pays où le soleil inonde.

 

- Cahier d’un impossible retour de Valérie GOMA

 

Synopsis de Cahier d’un impossible retour

Un jeune Noir à qui on vient de refuser le renouvellement de ses papiers d’identité part à la dérive… Dans une autre région du monde, sa vieille mère rêve de le revoir avant sa mort. L’impossible retour de Djib sera remplacé par la démarche providentielle d’un Ami, émissaire tacite.

Ce texte est issu d’une résidence à la Maison des auteurs de Limoges en 2002 et a bénéficié d’une bourse du Centre national des Lettres sous le nom de projet « La Peur du Noir », puis « Droits du sol ». Il a remporté le prix Textes-en-Paroles 2005 en Guadeloupe, où il a été donné en lecture publique. Créé en résidence aux Récréâtrales il fut diffusé en Guyane, en Guadeloupe, en Haïti, au Surinam, au Brésil et au Festival d’Avignon.

 

Biographie de l’auteure

Auteur dramatique, scénographe et comédienne, cofondatrice du théâtre de la Ruche à Cayenne, elle assure depuis 1986 la mise en scène de nombreuses pièces : La Énième Antigone avec le Théâtre de la Ruche qu’elle dirige aujourd’hui, Les Bonnes de Jean Genet, Les Enfants du paradis, opéra qui permet la rencontre d’une vingtaine de jeunes du Burkina Faso et de la région parisienne. En 2006, Elle initie par ailleurs de nombreux ateliers d’expression théâtrale et d’écriture dans des quartiers défavorisés, en milieu scolaire et carcéral.

 

- Tatu ou vestige d’un désastre de Luis MARQUES

 

Synopsis de Tatu ou vestige d’un désastre

1965. C’est l’histoire vraie et burlesque de la guerre fantôme du commandant Che Guevara au Congo. La cohabitation étrange et parfois mystique ou impossible entre les combattants Cubains et la population des montagnes du Kivu, échappent totalement aux prévisions du Che. Les échos dans le présent et les derniers témoins Congolais ou Cubains de cette période folle de l’histoire, sont encore là. Ce texte se base donc sur des recherches, auprès de ceux qui ont combattu avec le Che.

 

Biographie de l’auteur

Comédien et metteur en scène, sa rencontre avec son homologue ivoirien Claude Bowré Gnakouri l’incite à fonder l’Ymako Teatri à Abidjan, en s’appuyant sur la tradition orale africaine et l’expérimentation de diverses formes d’expressions théâtrales. Il met en scène La Légende de Kaïdara, Fama, Les Paléos, Contes et Courts et crée le festival des Arts de la rue de Grand-Bassam. Au Burkina Faso, il fonde l’association culturelle L’Œil du Cyclone et rencontre des cavaliers avec lesquels il réalise La Geste des étalons (2006-2007). En 2009, il lance avec le Carrefour international du théâtre de Ouagadougou (CITO) la Caravane des arts de la rue, mini-festival itinérant de spectacles très grand public.

 

- SPR, Et le général a dit je vous emmerde et Banc de touche de Dieudonné NIANGOUNA

 

Synopsis de SPR

Fraîchement débarqués de leur brousse pour éprouver les affres de la ville et ses mille rencontres, Alex et Toto préparent en fratrie leur première expérience de séduction urbaine. C’est la truculente madame Jeudi qui tombe dans leurs filets. À moins que ce ne soit eux qui se retrouvent pêchés et propulsés consentants, dans le huis clos burlesque de sa demeure. Incarnés dans leur folie jusqu’au bout des griffes, une déferlante de personnages se partage la scène pour crier du fond de leurs tripes que le théâtre est une affaire d’hommes, qui s’affrontent pour autant comme des dieux en furie, baignés de désir et d’amour comme des bêtes humaines.

 

Synopsis de Et le général a dit je vous emmerde

Descente dans le bas-fond surréaliste d’un pays au bord du gouffre de la guerre. La république est en déroute et l’État réduit en un cloaque où désertent des personnages dignes de la farce, errants de bordels en garnisons. Les généraux portent les organes de leurs proies autour du cou, la bière coule à flots. Dans un flot insurgé et foisonnant d’images grotesques, l’univers de ce texte flirte avec l’absurde et abonde en la revisitant une brèche littéraire ouverte trente ans plus tôt par Sony Labou Tansi. Il présage Les Inepties volantes.

 

Synopsis de Banc de touche

Le destin de Petit Piment, l’emblématique joueur des Tonnerres bleus de Mpila, bascule le jour de la finale de la Coupe d’Afrique des nations. Son entraîneur refuse de l’aligner, pour se venger d’une humiliation personnelle : le buteur est devenu, entre-temps, l’amant de sa femme… Oh ! Et comme les supporters, lorsqu’ils défendent un joueur, expriment aussi toujours leurs propres frustrations, surtout dans les pays où l’on construit des stades et pas des hôpitaux, la protestation dirigée contre l’entraîneur cocu dégénère rapidement. L’art de botter en touche, mais avec la densité qui sied à des gens qui ont des choses à dire.

 

Biographie de l’auteur

Auteur et comédien, formé par Massengo mâ Mbongolo, Paul Milongo, Jean-Paul Delore et Jacques Livchine, il réalise dans les années 1990 des mises en scène d’auteurs contemporains et de ses propres textes. En 1997, il invente avec son frère Criss Niangouna une pratique de jeu théâtral en résistance baptisé le « Big ! Boum ! Bâh ! » et créent la compagnie Les Bruits de la rue. Depuis 2003, il est directeur artistique du festival de théâtre contemporain Mantsina sur Scène à Brazzaville et participe à différents ateliers et résidences d’écriture à travers le monde.

recreatrales-craie.jpg